Alors que le public gallois s’attendait à un duel à couteaux tirés pour chaque dixième de seconde, le JDS Machinery Rali Ceredigion nous offre un scénario d’une finesse tactique rare. Entre la démonstration pure d’un géant de l’asphalte et la gestion sang-froid d’un futur couronné, le Championnat d’Europe des Rallyes (ERC) livre une étape monumentale.

La démonstration Kris Meeke : Quand la passion surpasse la théorie
Parti ce samedi matin avec un très léger débours de 0,9 seconde sur Teemu Suninen, Kris Meeke n’a pas mis longtemps à faire parler la poudrière. Dès les 12,02 kilomètres d’Aberffrwd — la première spéciale de la journée —, le Nord-Irlandais a asséné un coup de massue en collant plus de 10 secondes au Finnois, parti à la faute dans un virage serré à droite.
Malgré la neutralisation de l’ES6 pour raisons de sécurité et une riposte de Suninen dans l’ES7 (20,71 km), Meeke n’a jamais tremblé. Enchaînant trois temps scratch consécutifs dans l’après-midi au volant de sa Toyota GR Yaris Rally2 chaussée en Michelin, le quintuple vainqueur d’épreuves WRC a creusé un écart confortable de 20,5 secondes au terme des deux passages de la super spéciale d’Aberystwyth.
« C’est sans doute l’une des journées de rallye sur asphalte les plus agréables que j’aie jamais disputées », confiait un Meeke tout sourire. « Les spéciales regorgent de tout : changements de rythme, bosses, sauts, portions aveugles et haute vitesse. Quand la voiture et les pneus fonctionnent à la perfection, le travail du pilote devient un pur plaisir. »
Teemu Suninen : L’œil scellé sur la couronne ERC
Face à la furie Meeke, Teemu Suninen aurait pu tenter le tout pour le tout. Mais le pilote de la Škoda Fabia RS Rally2 (montée en Pirelli) sait pertinemment où se situent ses priorités : le titre européen.
Avec son rival direct pour le championnat, Andrea Mabellini, englué à la 7e place générale, Suninen n’a qu’un mot d’ordre : la gestion. Une deuxième place finale lui suffit amplement pour coiffer la couronne de Champion d’Europe, à condition que Mabellini ne remonte pas au-dessus de la 7e position et ne rafle pas la Power Stage.
L’analyse de Suninen à l’assistance résume parfaitement l’état d’esprit du leader du championnat :
« Pour le titre, c’est la position idéale. C’est un privilège de rouler contre Meeke à ce niveau, mais j’ai vite compris : nous avons le rythme pour l’égaler sur certaines sections, pas pour combler l’écart au général en prenant des risques inutiles. »
Derrière les cadors : Belles opérations et coups durs
-
Le podium provisoire : Le champion ERC Miko Marczyk accroche une solidissime 3e place (+51,5s), devançant son compatriote polonais Jakub Matulka (+1m 09,2s).
-
La sensation McRae : Max McRae continue d’impressionner et pointe au 5e rang (+1m 17,2s), en passe d’enregistrer son meilleur résultat en carrière en ERC.
-
Les déceptions françaises et tricolores : Journée noire pour Pierre Ragues, contraint à l’abandon après un tête-à-queue à très haute vitesse dans l’ES8 alors qu’il visait le top 10. Abandon également pour Sam Touzel dès l’ES5.
-
ERC3 & ERC Junior : Ville Vatanen est à quatre spéciales d’un titre en ERC3 s’il rallie l’arrivée. En ERC4 / Junior ERC, le duel germano-allemand fait rage : Timo Schulz conserve une minuscule avance de 0,8 seconde sur Tom Heindrichs avant l’explication finale.
Top 6 au classement général (Samedi soir)
-
K. Meeke / N. O’Sullivan (Toyota Yaris GR Rally2) — 56m 10,0s
-
T. Suninen / A. Haapala (Škoda Fabia RS Rally2) — +20,5s
-
M. Marczyk / S. Gospodarczyk (Škoda Fabia RS Rally2) — +51,5s
-
J. Matulka / D. Dymurski (Škoda Fabia RS Rally2) — +1m 09,2s
-
M. McRae / C. Fair (Škoda Fabia RS Rally2) — +1m 17,2s
-
O. Pryce / J. Morgan (Toyota Yaris GR Rally2) — +1m 21,6s
L’Avis de la Rédac’ — Pitlane-Infos
Le rallye moderne a-t-il perdu de sa superbe au profit de la calculette ? Absolument pas, et ce samedi au Pays de Galles en est la preuve éclatante.
D’un côté, nous avons l’école du purisme incarnée par Kris Meeke. À plus de 40 ans, l’Irlandais du Nord prouve qu’un pilote libéré de toute pression de championnat reste une arme de destruction massive sur l’asphalte. Son pilotage instinctif, couplé à une Yaris Rally2 réglée comme une horloge, offre un spectacle brut que peu de pilotes actuels sont capables de produire.
De l’autre, Teemu Suninen nous donne une leçon de maturité sportive. Beaucoup de jeunes pilotes se seraient emballés pour aller chercher Meeke, risquant de mettre au fossé des mois de travail et un titre européen à portée de main. Suninen a su brider son ego de compétiteur au profit d’une intelligence de course remarquable.
Demain, 63,80 kilomètres et 4 spéciales (dont le monstre de Gorsgoch et ses 20,64 km dès 8h15) restent à parcourir. Si Meeke semble intouchable au régulier, la météo galloise et la pression du titre pour Suninen promettent un final haletant à Aberystwyth dès 15h05.
Photos: @World/Red Bull Content Pool
Rédacteur et fondateur de Pitlane-Infos, site indépendant consacré au sport automobile. Les actualités publiées proviennent directement des équipes et constructeurs.



